La Mort

Je crois que l’on n’est jamais prêt à se séparer pour toujours.
Il y a les morts auxquelles nous nous préparons mieux parce qu’elles sont chronologiquement prévisibles.
Dans le meilleur des cas, elles sont anticipées et parlées.
L’idée de se taire, pourrait provenir de la crainte de provoquer la mort en la nommant.
Superstition.
Échanger sur ce thème avec ceux qui nous sont chers, aide toujours ceux qui restent :
Se souvenir que l’un aimait avant tout la chaleur de son pays d’origine, qu’un autre souhaitait donner ses organes
ou encore son corps à la science, qu’une autre préférait l’incinération à la surpopulation des cimetières, qu’un dernier voulait s’en remettre aux siens et à leurs choix, …
Toutes ces discussions permettent de se sentir un peu moins seul le jour venu.
C’est un dernier lien, un but, un loyal hommage.
Comment ne pas sourire en se souvenant de celle qui réclamait une télévision dans son cercueil de peur de s’ennuyer et des débats familiaux qui s’ensuivirent sur le meilleur endroit pour placer l’antenne ?
Comment ne pas accomplir le vœu de celle qui souhaitait la photographie de l’être aimé sur son cœur pour le grand voyage ?
Comment ne pas rassurer de son vivant celui qui a peur de se réveiller seul et terrorisé après son décès, en lui promettant que tout les moyens seraient déployés pour confirmer -ou pas- sa mort absolue ?
Toutes croyances, religions, représentations, sont à respecter.
Toutes sont importantes et singulières.
Et puis il y a les morts qui défient toute logique.
Celles qui sont tellement inattendues et brutales qu’elles sidèrent un temps.
Longtemps.
Parce que plus rien ne sera comme avant, continuer à vivre demande beaucoup de courage.
Nous sommes choqués par le monde qui continue sa course.
Silence.
Retenue.
Que chacun entende la douleur qui nous transperce !
Au diable les théories du deuil et ses étapes !
Quand ça fait mal, ça fait mal !
La colère gronde.
Il n’y a rien de plus lourd que l’absence.
La mémoire a cela de bon qu’elle nous maintient proche de nos morts ; c’est aussi ce qu’elle a de pire.
Incompréhension.
Manque.
Infinie tristesse.
Le temps passe.
Se créer de nouveaux souvenirs avec les présents.
Penser à eux.
Penser à soi.
Au fil de notre vie, chaque nouvelle rencontre, chaque nouvelle venue sur cette terre, paraît équilibrer ces
manques terribles.
Je crois que l’on est surtout prêt à aimer pour toujours.

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