Il était une fois « Oooooh le vilain petit canaaaard »!
C’est un petit canard qui vit dans une ferme.
Il est aussi différent que ses pairs, mais sa singularité a le don d’irriter le commun des mortels.
La boue le rebute et il marche avec des bottes,
Il nage avec une bouée,
Il trempe son bec dans l’eau et la boit à la paille,
Il cancane avec un accent sorti dont on ne sait où.
« Et alors ? » demanderez-vous.
Et bien…
Le Commun des mortels se tortille souvent face à la dissemblance :
« Oooooh, Môssieur le vilain veut se faire remarquer !!!
Il veut gagner du temps avec ses bottes,
il veut nager plus haut avec sa bouée,
il nous snobe avec sa paille,
il se donne un genre à cancaner ainsi ».
Le petit canard est ennuyé, il pensait bien faire.
Il voulait juste réaliser ce que font les autres, à sa manière, selon ses besoins et sa personnalité..
Et puis en fin de compte, lui aussi finira comme les autres en gésiers confits..
Il est attristé, navré.
Seul, assis sur la rive, ses bottes effleurant la surface de l’eau au rythme du balancement de ses pattes, il pense.
Et si, finalement, le Commun des mortels lui prêtait des intentions qui n’étaient pas les siennes ?
Si en fin de compte, ce Commun des mortels ne tolérait juste pas la différence que par ailleurs, il se targue d’en défendre le droit ?
Ce paradoxe levé, paille au bec, bouée à la taille et bottes aux pieds,
le petit canard sauta dans l’eau, en éclaboussant de sa joie ceux qu’il avait rejoint.
Morale de cette histoire :
Quand le Commun des mortels veut vous faire porter sa tenue, demandez-lui dans quel sens se porte le bonnet d’âne.

